Après les attaques coordonnées du 25 avril 2026, les autorités ont enclenché une série de mesures sécuritaires. Si leur déploiement rapide traduit une volonté de reprise en main, leur efficacité dépendra de facteurs plus larges que le seul levier militaire.

L’adoption de seize orientations stratégiques à l’issue du Conseil supérieur de la Défense nationale du 29 avril 2026 marque un tournant dans la réponse sécuritaire de l’État malien face à la menace terroriste.

Sans surprise, ces directives s’articulent autour de piliers classiques en contexte de lutte asymétrique : densification du maillage territorial, intensification des opérations offensives, amélioration du renseignement et renforcement de la coordination entre forces, avec en toile de fond une volonté accrue d’impliquer les populations.

L’objectif est de réduire les marges de manœuvre des groupes armés terroristes en multipliant les points de contrôle, en accélérant les frappes ciblées et en fluidifiant la chaîne décisionnelle. Ce choix répond à une urgence opérationnelle évidente après des attaques coordonnées ayant mis en lumière des failles dans l’anticipation et la prévention.

Une réponse rapide

La mise en œuvre des mesures ne s’est pas fait attendre. Dans le District de Bamako et à Kati, des dispositifs de contrôle renforcés ont été instaurés, avec des barrages filtrants permanents aux principales entrées stratégiques. Les patrouilles mixtes nocturnes, notamment dans les zones périphériques, témoignent d’une volonté d’occuper le terrain et de rassurer les populations.

Parallèlement, les Forces armées maliennes ont intensifié les opérations aéroterrestres, avec des frappes ciblées contre des sanctuaires identifiés dans plusieurs régions. Ces actions offensives, combinées à des opérations de ratissage, visent à désorganiser les capacités logistiques et opérationnelles des groupes terroristes, dont plusieurs éléments auraient été neutralisés, selon l’État-major général de l’armée.

Autre axe majeur : le renseignement. La réactivation de lignes d’alerte citoyenne et l’appel à la collaboration des populations traduisent une reconnaissance implicite du rôle majeur du renseignement humain dans ce type de conflit. Cette dimension, souvent négligée, constitue pourtant un levier déterminant pour la détection précoce des menaces.

Concentration du pouvoir sécuritaire

Dans la continuité des décisions stratégiques, le Général d’armée Assimi Goïta cumule depuis le 4 mai 2026 les fonctions de Président de la Transition et de ministre de la Défense et des Anciens combattants, assisté du Général de division Oumar Diarra, désormais ministre délégué.

Selon certains observateurs, d’un point de vue opérationnel, cette configuration peut favoriser une prise de décision plus rapide et une meilleure cohérence stratégique. En supprimant les niveaux intermédiaires, le commandement gagne en réactivité, un atout crucial face à des groupes mobiles et imprévisibles.

Cependant, cette concentration du pouvoir soulève aussi des interrogations. Elle traduit en partie la nécessité de combler un vide laissé par la disparition d’un acteur-clé du dispositif sécuritaire, mais elle expose également le système à un risque de personnalisation excessive de la gestion militaire.

Les limites d’une approche essentiellement militaire

Si les premières actions témoignent d’un déploiement rapide et structuré, l’impact durable reste incertain. Comme le souligne le chercheur Dr Christian Sambou, spécialiste en paix et sécurité : « la lutte contre le terrorisme ne peut être réduite à une réponse strictement militaire. La réponse la plus structurante ne réside pas uniquement dans la coercition, mais dans la construction d’un État-nation inclusif et légitime ».

Cette analyse rejoint une approche défendue par certains experts sécuritaires depuis plusieurs années, selon laquelle une réponse sécuritaire, aussi robuste soit-elle, ne peut à elle seule traiter les causes profondes de l’instabilité.

Dr Sambou avertit également : « Sans dialogue politique crédible, les avancées sécuritaires risquent de rester fragiles ». Même son de cloche chez un autre analyste politique ayant requis l’anonymat : « la réussite des mesures adoptées dépendra de la capacité des autorités à inscrire cette dynamique dans une approche plus large, combinant sécurité, gouvernance et légitimité politique ».

Selon cet interlocuteur, faute de cela, les gains tactiques pourraient rester ponctuels, sans transformation durable du paysage sécuritaire.

Mohamed Kenouvi